[Extrait] Le jour où j’ai appris à vivre, L.Gounelle – Inutile de lutter


« En luttant, on renforce souvent ce contre quoi on lutte. »
Extrait de « Le jour où j’ai appris à vivre » de Laurent Gounelle :

–  Et si tu lui confiais ce que tu ressens ?
– C’est peine perdue. On a déjà beaucoup discuté. J’ai tout fait pour lui prouver que ses reproches étaient indus. En vain.
Je ne suggère pas d’expliquer, juste de dire ce que tu ressens. 
– C’est pareil, non ?
– Expliquer, toujours expliquer… Comme s’il fallait à tout prix avoir raison. On s’en fiche de la logique : il est question de sentiments, ici, pas de mathématiques !

(Vite changeons de sujet) – J’ai entendu un reportage révoltant à la radio. Sur les élevages en batterie. Un vrai scandale. C’est dur de trouver la paix intérieure quand on vit dans un monde égoïste et violent contre lequel on doit lutter en permanence.
– C’est vrai, moi aussi, ce genre de nouvelles me rend triste. Et pourtant, s’indigner contre des choses qu’on ne maîtrise pas, n’est-ce pas une recette de la dépression ?
– Il faut bien que quelqu’un se lève contre les dérives de la société. On ne peut pas rester les bras ballants a popularisé une prière très a propos de Marc Aurèle ou Saint François d’Assise : « Donnez-moi le courage de changer ce qui peut l’être, d’accepter sereinement les choses que je ne puis changer, et la sagesse de distinguer l’une de l’autre. » (…) En luttant, on renforce souvent ce contre quoi on lutte.

Sur le plan relationnel, par exemple. Imagine : quelqu’un exprime une idée qui te semble totalement fausse, voire choquante. Si tu t’opposes à lui et attaques son idée, qu’est-ce qui va se passer ? Tu vas le vexer, donc tu l’obliges à défendre son point de vue pour éviter de passer pour un idiot. Ça va cristalliser sa position et il ne pourra plus changer d’avis. En luttant contre son idée, tu l’as renforcée…

Au XVIIIème siècle, en France, la monarchie de l’Ancien Régime a lutté par la censure contre les philosophes des Lumières, et cela n’a fait que renforcer le mouvement qui finit par déboucher sur la révolution de 1789. En Russie à l’aube du XXème sicèle, la police dutsar persécutait tous les contestataires qu’ils soient socialistes ou libéraux. Cela ne fit qu’alimenter l’exaspération qui finit par servir les communistes en 1917. (…) Tu te rappelles qu’en 2002, l’administration américaine a lancé ce qu’on a appelé la « guerre contre le terrorisme ». Cette année-là, le U.S. Department of State dénombrait 198 actes terroristes dans le monde, tuant 725 personnes. Après dix ans de lutte sans relâche et à grande échelle, impliquant des moyens considérables, l’administration américaine a révélé les chiffres de l’année 2012 : 6771 actes terroristes tuant plus de 11000 personnes.

– C’est bien joli tout ça, mais on ne peut pas non plus tout accepter. Le modèle individualiste et consumériste qui rend tout le monde malheureux est parvenu à s’étendre sur presque toute la planète, même dans des coins du monde de culture très différente. Totalement hégémonique. ça me révolte.
– C’est justement parce qu’il est hégémonique que ce modèle s’effondrera de lui-même. Là encore, l’Histoire tend à nous le démontrer au fil des siècles. Napoléon a réussi à conquérir la moitié de l’Europe… quand il a quitté le pouvoir, le territoire français était plus petit qu’à son arrivée… Regarde aussi l’Empire romain, le Saint Empire, l’Empire ottoman, les empires coloniaux, l’Union soviétique… Tous ceux qui ont eu vocation à s’imposer sont désintégrés. Crois-moi, la lutte est vaine et, comme disait Lao Tseu il y a il y a 2500 ans : « Mieux vaut allumer une bougie que maudire l’obscurité ».

[Source : « Le jour où j’ai appris à vivre » de Laurent Gounelle]

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