Lectures

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[Extrait] Vous voulez rire, Monsieur Feynman ! de Richard P.Feynman
Intégrité scientifique (3/3)

Dans son livre « Vous voulez rire, Monsieur Feynman ! » , Richard P.Feynman, Prix Nobel de physique, raconte un ensemble d’anecdotes qui ont ponctué sa vie. Cet extrait traite de l’intégrité de la pensée scientifique.

« Maintenant, pour finir, il me reste à vous souhaiter de toujours vous trouver dans une situation telle que vous puissiez satisfaire aux exigences d’honnêteté dont je viens de vous entretenir.

Je vous souhaite que vous n’ayez jamais à renoncer à cette intégrité, que ce soit pour assurer votre position à l’intérieur de l’institution, pour satisfaire aux contraintes financières, ou pour toute autre raison.

De tout cœur, je vous souhaite cette liberté. »

(suite…)


[Extrait] Vous voulez rire, Monsieur Feynman ! de Richard P.Feynman
Intégrité scientifique (2/3)

Dans son livre « Vous voulez rire, Monsieur Feynman ! » , Richard P.Feynman, Prix Nobel de physique, raconte un ensemble d’anecdotes qui ont ponctué sa vie. Cet extrait traite de l’intégrité de la pensée scientifique.

« L’un des principes fondamentaux de la recherche scientifique est le suivant : ne pas se raconter d’histoires, ne pas s’abuser soi-même, étant entendu qu’on est soi-même la personne qu’il est le plus facile d’abuser. »

« Dès lors qu’on applique cette règle, dès lors qu’on arrive à ne pas se raconter d’histoires à soi-même, ne pas en raconter aux autres ne présente plus aucune espèce de difficulté : il suffit simplement d’être honnête, au sens habituel du terme.

Je voudrais ajouter ici quelque chose qui, sans être essentiel du point de vue scientifique, me semble néanmoins important. Un chercheur ne doit jamais, quand il s’adresse en tant que scientifique à un public non spécialisé, raconter d’histoires. Je ne veux pas dire que vous ne devez pas, dans les circonstances où vous intervenez en tant qu’être humain simplement – dans vos rapports avec votre femme ou avec votre petite amie, par exemple -ne pas raconter d’histoires. ça c’est une affaire qui doit se régler entre vous et votre conscience. Non, ce dont je veux parler, c’est d’une attitude d’honnêteté intellectuelle dont vous ne devez vous départir ni dans vos conversations avec d’autres chercheurs ni dans vos rapports avec le grand public ; une attitude qui consiste à rechercher sans complaisance tout ce qui pourrit faire que vous ayez tort. (…)

Vous vous présentez au public en tant que scientifique et vous racontez ce que vous faites. Maintenant, si le public n’est pas prêt à payer pour ce que vous faites, c’est son affaire ; mais il a le droit de décider en toute connaissance de cause.

« Il est dangereux, lorsqu’on enseigne, d’apprendre aux étudiants à obtenir des résultats plutôt que de leur apprendre comment faire une expérience en toute honnêteté. »

Autre exemple : (suite…)


[Extrait] Vous voulez rire, Monsieur Feynman ! de Richard P.Feynman
Intégrité scientifique (1/3)

Dans son livre « Vous voulez rire, Monsieur Feynman ! » , Richard P.Feynman, Prix Nobel de physique, raconte un ensemble d’anecdotes qui ont ponctué sa vie. Cet extrait traite de l’intégrité scientifique vs. les pseudo-sciences ordinaires et leur impact sociétal.

« N’y a-t-il pas des choses plus ordinaires auxquelles les gens croient sans raison valable ? (…) Finalement j’ai trouvé : les gens croient, par exemple, qu’il existe une science de l’éducation. On enseigne la pédagogie ; il y a des gens qui réfléchissent à la manière d’enseigner les mathématiques, etc. Et pourtant, en dépit de toutes ces réflexions sur la façon d’améliorer nos techniques d’enseignement, le rendement de l’enseignement ne cesse de baisser ; au mieux il reste stationnaire. Voilà donc un exemple de remède de sorcier qui ne marche pas. Mais on pourrait songer à d’autres exemples ; la manière dont nous traitons les criminels en est un. On n’a fait aucun progrès dans ce domaine ; il y a des tas de théorie mais on ne fait aucun progrès ; la manière dont nous traitons les criminels ne fait pas le moins du monde diminuer la criminalité.

Et pourtant,  (suite…)


[Extrait] Vous voulez rire, Monsieur Feynman ! de Richard P.Feynman
De l’imbécillité honnête

Dans son livre « Vous voulez rire, Monsieur Feynman !« , Richard P.Feynman, Prix Nobel de physique, raconte un ensemble d’anecdotes amusantes qui ont ponctué sa vie.

« [J’ai été] invité à participer à un colloque organisé à New York et qui devait traiter de « l’éthique de l’égalité ». (…) Si les discussions lors de ce congrès ont tourné en haut de boudin, c’est pour une raison bien simple : le sujet du thème « Ethique et égalité dans le domaine de l’éducation » n’avait pas été clairement défini au départ ; personne ne savait exactement sur quoi nous étions censés discuter. (…)

A ce congrès, il y avait un tas d’imbéciles – de ce genre d’imbéciles qui se prennent au sérieux, et qui me font grimper au plafond. On peut toujours parler à un imbécile ordinaire, l’aider. Mais les imbéciles qui se prennent au sérieux, qui masquent leur imbécillité par un discours suffisant et prétentieux, ça je ne supporte pas. Un imbécile ordinaire, ce n’est pas un escroc, c’est un homme honnête. Mais un imbécile doublé d’un escroc, ça s’est terrible. Et à ce congrès, c’est ça qu’il y avait en majorité : des imbéciles infatués d’eux-mêmes. C’est ce qui m’a rendu malade. Des types comme ça, moins j’en vois et mieux je me porte. Je ne suis pas prêt de participer de sitôt à un congrès interdisciplinaire. »

(suite…)


[Extrait] Vous voulez rire, Monsieur Feynman ! de Richard P.Feynman
Un peu d’humour !

Dans son livre « Vous voulez rire, Monsieur Feynman !« , Richard P.Feynman, Prix Nobel de physique, raconte un ensemble d’anecdotes amusantes qui ont ponctué sa vie. L’extrait suivant démontre son impertinence, son humour et son intégrité. (Je suis fan)

« Du moment que je me suis dit que j’aimerais aller à Caltech, Cornell et Caltech ont commencé à faire de la surenchère ; si je faisais mine de me décider pour caltech, Cornell me faisait des offres plus avantageuses et si je semblais vouloir rester à Cornell, Caltech renchérissait. (…)

Quand on est jeune, on se fait beaucoup de souci : est-ce que je fais bien d’aller là ? Que va dire ma mère ? etc. On se fait du souci, on essaie de prendre une décision, et puis tout est chamboulé pour une raison ou pour un autre. Je trouve qu’il vaut mieux prendre une décision une fois pour toutes et s’y tenir, quoi qu’il arrive. C’est ce que j’ai fait une fois, alors que j’étais au MIT. J’ai décidé une fois pour toutes que ce serait Caltech. (…)

On a pourtant essayé, une fois, de me faire revenir sur ma décision. Ils ont commencé  par me faire miroiter un tas d’avantages relatifs au poste qu’on m’offrait (…) Je ne leur ai pas demandé combien ils me paieraient mais il était sous-entendu dans toutes la conversation que si je leur demandais ils se feraient un plaisir de me le dire. N’y tenant plus, ils ont fini par me demander si je voulais savoir quel était le salaire proposé. « Non, ce n’est pas la peine, ai-je dit. J’ai décidé de ne pas quitter Caltech. Mais si ma femme May Lou, qui est dans la pièce à côté, entend combien vous me proposez, nous allons nous disputer. De toute façon, j’ai décidé de ne plus jamais prendre de décision. Je reste à Caltech, quoi qu’il arrive. » Ils n’ont donc pas pu me dire combien ils étaient prêts à me payer.

Un mois plus tard (…) j’ai reçu une lettre où dès la première ligne, on m’indiquait le montant du salaire. Il s’agissait d’une somme astronomique. (…)

Je leur ai alors répondu par retour du courrier : « Ayant lu quel était le montant du salaire que vous me proposez, j’ai décidé que je ne devais pas accepter votre offre. La raison de mon refus est simple : un tel salaire me permettrait de faire ce dont j’ai toujours rêvé : avoir une maîtresse, l’installer dans un appartement de luxe, la couvrir de bijoux… Avec le salaire que vous me proposez j’aurais la possibilité de réaliser ce rêve. Mais je sais ce qui m’arriverait alors : je deviendrais inquiet, je serais jaloux, je lui ferais des scènes, etc. En un mot, je serais malheureux ; je ne pourrais plus travailler ; je serai foutu. Comme ce dont j’ai toujours rêvé n’est pas bon pour moi, j’ai décidé de ne pas accepter votre proposition. »

(suite…)


[Extrait] Vous voulez rire, Monsieur Feynman ! de Richard P.Feynman
A propos de l’éducation

Dans son livre « Vous voulez rire, Monsieur Feynman !« , Richard P.Feynman, Prix Nobel de physique, raconte un ensemble d’anecdotes amusantes qui ont ponctué sa vie. Dans l’extrait suivant, il s’étonne du système éducatif brésilien, qui incitait les étudiants à apprendre par cœur des concepts plutôt qu’à comprendre comment fonctionnent les choses.

« Mon expérience en tant qu’enseignant au Brésil ne manque pas d’intérêt. (…) Un jour j’ai assisté à un cours pour futurs ingénieurs. Voici ce que ça donnait (…) Les étudiants prenaient le cours sous la dictée du professeur qui répétait chaque phrase pour leur permettre de vérifier que ce qu’ils avaient pris en note était bien exact. Après quoi, on passait à la phrase suivante. J’étais le seul dans l’assistance à savoir que les corps dont parlait le prof devaient avoir le même moment d’inertie… c’est le genre de détails qu’on ne devine pas.

Je ne voyais pas comment les étudiants pouvaient apprendre quoi que ce soit de cette manière là. Par exemple, le prof parlait des moments d’inertie, mais il ne faisait aucun commentaire (…) Et voilà comment [les étudiants] pouvaient réussir brillamment aux examens – « apprendre », comme ils disaient – sans rien savoir, si ce n’est quelques phrases « mises en mémoire ». (…) (suite…)


[Extrait] Vous voulez rire, Monsieur Feynman ! de Richard P.Feynman
Image de marque et Plaisir au travail

Dans son livre « Vous voulez rire, Monsieur Feynman !« , Richard P.Feynman, Prix Nobel de physique, raconte un ensemble d’anecdotes amusantes qui ont ponctué sa vie. Dans l’extrait suivant, il prend du recul sur l’image que les gens nous forge et sur ce que le monde professionnel impose, et réalise l’importance du plaisir pour aboutir au succès. 

« ça , c’était une idée géniale : on n’est pas obligé d’assumer l’image de marque que les autres vous ont forgée ; on n’a pas à faire ce que les autres vous croient capables de faire. Ils se trompaient et je n’y étais pour rien.

Ce n’était pas ma faute si les gens de l’Institut se faisaient des idées sur mon compte. C’était une erreur. A partir du moment où j’ai commencé à envisager qu’il puisse s’agir d’une erreur de leur part, je me suis aperçu que le même raisonnement pouvait s’appliquer à toutes les autres propositions (…). Je suis comme je suis ; et s’ils attendent quelque chose d’extraordinaire de moi, s’ils me font des ponts d’or, c’est leur affaire, pas la mienne.

Le jour même, par une étrange coïncidence (mais peut-être m’avait-il entendu en parler, ou bien me comprenait-il tout simplement), Bob Wilson, le directeur du laboratoire de physique de Cornell, m’a fait demander : « Feynman, m’a-t-il dit, vous faites des cours excellents et nous sommes pleinement satisfaits. Pour ce qui est des autres espoirs que nous avions mis en vous, c’est notre affaire. Lorsqu’on engage un professeur, il y a toujours une part de risque. Si tout va bien, très bien ; sinon tant pis. En tout cas, une chose est sûre : il faut que vous cessiez de vous ravager. » C’était beaucoup mieux dit que cela et je me suis senti libéré de tout sentiment de culpabilité.

Et puis, il m’est venu une autre idée. Certes, la physique ne me disait plus rien pour le moment. Pourtant à une certaine époque, j’avais aimé cela. Pourquoi est-ce que ça me plaisait à cette époque ? Tout simplement parce que ça m’amusait. Je m’amusais ; je faisais ce qui me plaisait ; je ne faisais pas quelque chose parce que c’était important pour le développement de la physique nucléaire, mais parce que ça m’intéressait. Quand j’étais au lycée, par exemple, j’avais remarqué que le filet d’eau qui sort d’un robinet présente un rétrécissement et je m’étais amusé à calculer la forme de cette surface. Cela m’avait paru facile. Mais personne ne m’avait demandé de faire ce calcul ; ça ne mettait en cause l’avenir de la science ; de toute façon, quelqu’un l’avait déjà fait avant moi et ça n’avait donc aucune importance. J’inventais, je jouais pour mon propre plaisir. (suite…)